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 MANDALA de sable du paradis des 8 Bouddhas de Médecine réalisé

du 28 Mai au 1er Juin 2013 par les moines de SERAMEY sous l'autorité de JANGTSE RINPOCHE


LA MEDECINE TIBETAINE BOUDDHIQUE

Son Histoire Ses Fondements

Ce résumé est écrit à partir du livre de
-Miss Terry CLIFFORD :
« LA MEDECINE TIBETAINE BOUDDHIQUE ET SA PSYCHIATRIE »
Ed. DERVY * Paris 1986

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1.

La médecine Tibétaine est nommée également : La médecine Bouddhique. Sa méthodologie est codifiée dans des textes millénaires sacrés qui font référence aux enseignements du Bouddha de la médecine (Sangyé Menla) unis aux textes sanscrits de l’Atharva Veda, considérée comme la source de l’Ayurveda.

  La tradition médicale du Tibet fut importée de l’Inde avec le Bouddhisme vers le VIIéme siécle ap. J.-C. A cette époque en Inde la médecine Ayurvédique était à son apogée. Elle se développait depuis mille ans avec une tradition écrite extrêmement avancée et dont les sources remontait au temps védiques (le Rig Veda, texte Indien le plus ancien que l’on connaisse date d’environ 2500 ans av. J.-C.).

  La médecine tibétaine est éminemment holistique et propose de traiter l’équilibre psychique, physique, humoral du patient.
Les amchis (médecins) Tibétains, pratiquent non seulement leur art avec une pénétrante vision holistique corps-esprit du patient mais aussi une approche bienveillante imprégnée de leur sagesse, et emplie de compassion, dont ils sont dépositaires uniquement pour servir l’humanité.
L’histoire de la médecine Tibétaine Bouddhique est très précieuse et importante à connaître, elle nous enseigne comment le passé, le présent et le futur sont intimement liés pour la préservation du sacré.

La médecine Tibétaine est aussi la Thérapie du Diamant, ce joyau de guérison est l’un des systèmes les plus anciens du monde, d’une profondeur éthique, philosophique et spirituelle immense.
La médecine Ayurvédique après son intime connexion avec les premiers enseignements du Bouddha progresse grandement durant la civilisation de l’Inde Bouddhiste.
La tradition médicale fut importée au Tibet en même temps que le Bouddhisme vers le VIIéme siècle ap. J.-C. grâce à des saints, sages et érudits Indiens accueillis, encouragés et protégés par les rois Tibétains successifs (qui portèrent un très grand intérêt aux connaissances ayurvédiques indiennes) dans un pays jusqu’ alors de tradition chamanique de religion Bön connaissant déjà les propriétés magiques et médicales des plantes médicinales poussant en abondance sur les plateaux sub-himalayens. Le roi Songtsen Gampo introduisit formellement le bouddhisme au Tibet au début du VIIéme sciècle. Il ordonna la traduction parfaite en tibétain des textes sacrés palis et sanscrits y compris ceux sur la médecine. Certains textes indiens aujourd’hui perdus sont maintenant retraduits à partir du tibétain dans leur langue originale. Sous le règne de Trisong Detsen fut invité l’éminent abbé bengali Shantarakshita pour enseigner le Dharma. Cet abbé d’une haute érudition suggéra d’inviter le saint tantriste indien PADMA SAMBHAVA pour subjuguer les démons et ceux qui leurs rendaient culte dans le pays. En 749 Padma Sambhava accepta, cet être d’une grande réalisation vit l’urgente nécessité d’établir toute la lignée de transmission bouddhiste dans une forteresse protégée comme le Tibet. En effet en Inde au pays même de Padma Sambhava, l’Uddiyana d’où avait surgit le Tantra, et dans d’autres régions comme Gandhara, l’invasion des Huns barbares avait dévasté le bouddhisme dans ces temples et sanctuaires et son art.
Padma Sambhava est connu comme le « Second Bouddha », nommé Gourou Rinpoche.
Il est dit que le Bouddha Shakyamouni avait prédit sa naissance. Padma Sambhava propagea les enseignements tantriques, il est aussi grand maître de médecine tantrique, il donna des enseignements médicaux incluant des prophéties sur de nouvelles maladies qui se manifesteraient dans l’avenir et les prescriptions et médications destinées à leur guérison et à leur prévention. Il cacha les textes en différends lieux et de manières diverses afin qu’ils soient découverts au moment nécessaires. Ces textes cachés sont appelés « Terma » et forme une catégorie particulière de textes dans la tradition Nyingmapa.

2.

Padma Sambhava établit le Dharma au Tibet, construisit le premier monastère : Samyé, dont le plan est un mandala où se trouve une statue de Sangyé Menla (Bouddha de médecine). Il prophétisa qu’en des temps futurs, après des siècles de lignée ininterrompue au Tibet, le Dharma irait à l’Ouest. Le Saint Vairochana devint le premier grand traducteur tibétain. Il traduisit et maîtrisa l’œuvre capitale de la littérature tibétaine, le Gyü-zhi reçut de Chandrananda, disciple d’Ashvagosha. Yuthog Gonpo reçut l’enseignement du Gyü-zhi , puis le livre fut caché dans un pilier du monastère de Samyé, jusqu’à un temps futur où comme Padma Sambhava l’avait prédit, il serait découvert lorsque les gens seraient prêts à le comprendre. Le Gyü-zhi fut extrait de sa cachette en 1038 par Trapa Ngonshé.
Yuthog Yonten Gonpo, le « Médecin au Toit de Turquoise » est un exemple de lamas-médecins et saints-médecins du Tibet, il fut moine jusqu’à quatre-vingts ans, âge auquel il se maria pour assurer la lignée de transmission. Siddha accompli capable de prodiges psychiques d’une puissance miraculeuse, Yuthog vécut cent vingt-cinq ans. Pour les tibétains il est une émanation du Bouddha de Médecine. Quand Trapa Ngonshé trouva le texte Gyü-zhi caché à Samyé, il le remit au second Yuthog (descendant de l‘ancien) : « Yuthog le jeune » qui le maîtrisa et en rédigea une version.

Pendant un millénaire, jusqu’au XVIIéme siècle (régne du Véme Dalaï Lama), cette médecine s’enrichie alors d’autres sciences médicales venues de La Chine (avec la méthode des prises de pouls, l’examen de la langue et l’acupuncture), et du système médical de la Perse qui englobait celle de la Grèce ancienne.
Sa renommée s’est étendue au Tibet et à toute l’Asie centrale. Le Tibet devint connu comme le « Pays des plantes médicinales » et la « Terre de l’art de guérir ». Cette tradition médicale était préservée sur les hauts plateaux neigeux du Tibet, alors que en Inde elle fut interrompue à partir du XIIIéme siècle à l’époque de l’invasion des musulmans.
Le Bouddhisme en Inde était déjà sur le déclin et avait déjà complètement disparu au XIIIéme siècle en tant que religion vivante et les envahisseurs musulmans détruisirent systématiquement tous les vestiges du bouddhisme. Son essence survécut en grande partie, à travers son influence sur la pensée indienne avec le Yoga et le Vedanta par exemple.
Pour sa part l’Ayurveda Indien changea et déclina aux mains des Musulmans, sa tradition fut interrompue et partiellement perdue. La médecine Ayurvédique était encore couramment pratiquée dans l’Inde moderne, elle différait de la tradition classique car elle était en grande partie fort mélangée au système islamique et développée avec lui. C’est l’influence des orientalistes britanniques qui amena la renaissance de l’Ayurveda classique, et celle de l’intérêt pour les traditions ésotériques indiennes de connaissance de soi.

La forteresse tibétaine, non touchée par la guerre, préserva ce riche héritage de la médecine indienne jusqu’à l’occupation chinoise. Le Véme Dalaï Lama institua la première école de médecine au Tibet, avec son régent Sangyé Gyatso ils construisirent un complexe monastique d’hopital-école nommé CHAGPORI : la « Montagne de fer » d’après le nom de la colline rocheuse sur lequel il s’élevait à Lhasa. Chagpori était le centre spirituel de la médecine au Tibet, connu dans les pays voisins comme un lieu de science médicale et de remèdes végétaux secrets élaborés par les lamas-médecins.

3.

Aujourd’hui la médecine Tibétaine est un système en exil. Quand les chinois s’emparèrent du Tibet en 1959, cent mille Tibétains partirent en exil et parmi eux beaucoup de grands Lamas, mais peu de médecins tibétains. Ils sont la dernière génération issue de la culture millénaire du Tibet bouddhiste et la première génération tibétaine à prendre largement contact avec le monde moderne. Les chinois ont gardé la tradition médicale tibétaine et reconnaissent la grande valeur de sa pharmacopée, on rapporte que les plantes médicinales sont exportées dans les provinces chinoises et font l’objet d’un grand commerce. Et malheureusement les chinois ont retiré les aspects spirituels et religieux de la médecine.

Mais c’est précisément cette source spirituelle et ses fondements philosophiques qui rendent la médecine tibétaine si unique et extraordinaire.
Cet idéal ne sépare pas l’art thérapeutique et le Dharma. Plus une personne a dans son cœur une grande réalisation du vrai Dharma, plus elle peut être un grand médecin, car elle aura le double aspect de la nature-de-Bouddha : Sagesse et Compassion, qui la rendront mieux capable de comprendre les profondeurs de la science médicale et de répondre aux besoins physiques, émotionnels et spirituels de ses patients. Le médecin a la responsabilité de fournir le soutien spirituel et affectif qui est si important pour la guérison physique, et dans le cas de la psychiatrie, la guérison mentale. Il est censé pratiquer la Compassion à tout moment et avec équanimité envers tous les êtres. Il serait difficile à un médecin de trouver un modèle à suivre plus élevé que la puissance de guérison, habile et désintéressée, de l’être illuminé représenté par Bhaishajyaguru, le Bouddha de Médecine. Ce modèle sublime, tous les médecins et lamas-médecins tibétains ne l’atteignirent pas, mais beaucoup le firent. Les plus grands médecins du Tibet furent aussi de grands Lamas, des êtres dont la sagesse psychologique et la profondeur de méditation dépassait de beaucoup les limites de tout concept séculier de médecine et d’éthique médicale. Dans le Mahayana supérieur et le Vajrayana, le Bouddha de Médecine n’est pas simplement vénéré pour ses pouvoirs de guérison. Il est l’aspect de la nature-de-Bouddha que le méditant aspire à réaliser en lui-même. Grâce à la pratique de la méditation sur le bouddha de Médecine, on peut engendrer un pouvoir thérapeutique très grand pour se guérir et guérir les autres.
Le Bouddhisme du Vajrayana fut développé en Inde par les sages tantriques, les maha-siddhi et c’est ce Bouddhisme de diamant qui fut établi au Tibet. La médecine tantrique du Tibet est le troisième aspect de la médecine Tibétaine, elle fait le pont entre la médecine religieuse du Dharma et le système médical rationnel ou médecine somatique.
Dans la pratique les trois aspects de la médecine Tibétaine sont intégrés ensemble :

- La médecine Bouddhique, Le Dharma :

Le Bouddha a enseigné que l’esprit est la base de tous les phénomènes. L’esprit crée la matière, et l’esprit crée la maladie et le bien-être. C’est le postulat psychosomatique fondamental de la médecine bouddhique. Le bouddhisme est essentiellement une religion philosophique, à la différence d’une religion théosophique. Il vise à la compréhension de la nature de l’esprit et au développement de la sagesse et de la compassion.

- La médecine tantrique :

Elle parle de physiologie mystique en décrivant : trois corps et leurs connexions. Le corps humain ou « corps karmique grossier », le corps essentiel d’énergie ou « corps subtil » et le corps de vérité absolue ou la « pure essence de Corps de Bouddha, ou corps de Vajra ». Le corps subtil est une forme-énergie invisible qui engendre le corps physique et lui donne sa forme. Ce corps subtil se compose de trois éléments principaux qui font le lien entre le corps de Vajra et le corps physique. Il s’agit -des canaux psychiques, -des forces ou airs et –des essences psychiques.

4.

Le corps est le support des canaux psychiques, les canaux sont le support de la force psychique ou « airs » et la force psychique est le support de l’esprit.
Grâce aux techniques tantriques des lamas thérapeutes élaborent des remèdes dharmiques puissants qui transmettent aux malades la pureté-énergie cosmique des Bouddhas. Il peut s’agir de pilules précieuses mais aussi des remèdes qui n’ont pas de forme, mais sont plutôt des sons, des odeurs, des apparences. Les pouvoirs psychiques développés par la pratique tantrique sont les instruments de la compassion et la vacuité, des moyens habiles de sagesse. Le but est de soulager la souffrance de tous les êtres et de leur apporter le bonheur, la santé.
L’intention juste (la boddhicitta) est essentielle pour la pratique de la médecine Tibétaine dans ses trois aspects. La thérapie de diamant introduit une nouvelle intelligence de la médecine indo-tibétaine. Son approche holistique considère l’individu comme un être sain de corps et d’esprit, et la maladie comme indication d’une perturbation de cette homéostasie. La médecine tibétaine traite l’individu comme un ensemble dans lequel les facultés physiques et supra physiques combattent le déséquilibre de son être total.

- La médecine somatique ou ordinaire :

Elle parle de la théorie humorale, soit l’équilibre et l’harmonie dans le corps des trois humeurs qui sont :

  • - l’air ou le vent (rLung [tib.], vata [skt])
  • -la bile (mKhris-pa [tib.], pitta [skt])
  • - le phlegme (bad-kan [tib.], kapha [skt]).

Ces trois humeurs se combinent entre elles à l’infini et peuvent être modifiées par des facteurs climatiques ou comportementaux (alimentation, émotions, activités..). Par exemple l’humeur rLung commande des fonctions aussi diverses que la respiration, l’expectoration, l’activité musculaire, la parole, la menstruation, la miction et le relais de l’influx nerveux sensoriel. C’est l’humeur directement liée à l’Esprit et elle est toujours impliquée dans les maladies mentales ou les troubles émotifs. Ce rLungair, vent pression, énergie, force- commande les deux autres humeurs et peut se mêler à elles (le rLung est neutre alors que les deux autres ne le sont pas). La circulation équilibrée de ces trois humeurs dans le corps maintient la santé. Ces trois humeurs sont respectivement reliées à trois poisons qui entraînent le déséquilibre de celles ci :

-L’humeur « air » est reliée au désir ou à l’avidité ou la convoitise ou l’attachement

-L’humeur « bile » est reliée à la haine, la colère et l’agressivité

-L’humeur « phlegme » est reliée à l’ignorance ou l’illusion ou l’aveuglement ou l’inertie. La théorie humorale est très complexe et subtile. Sept années sont nécessaires à la compréhension du sens profond des trois humeurs.

Les médecins tibétains voyagent dans le monde entier et arrivent à propos en occident, parce qu’il est essentiel de :

- partager les connaissances en créant un pont unificateur entre les connaissances occidentales et le savoir traditionnel ancestral ;

- faire le pont entre la vision du monde d’une culture sacrée millénaire et celle du matérialisme scientifique des temps modernes, particulièrement sur le plan médical ;

- et enrichir nos vues modernes sur la thérapie.

La médecine tibétaine nous offre :

- un modèle de médecine holistique

- un modèle de médecine psychosomatique

- un modèle de thérapie mentale et psychique

- un modèle éthique de thérapeute pour soi et les autres en utilisant la maladie pour développer la sagesse, la compassion et l’éveil.

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5.

Quelques références en français à propos de la médecine Tibétaine


* LE BOUDDHA DE LA MEDECINE et son mandala la santé originelle du corps et de l’esprit Très Vénérable KALOU RINPOCHE Edition MARPA

"La Médecine Tibétaine" dans Bouddhisme ésotérique et "Les liens du corps et de l’esprit" dans Bouddhisme profond, Edition Claire Lumière, Vernègues, 1993 Très Vénérable KALOU RINPOCHE

* INITIATION A LA MEDECINE TIBETAINE Lobsang Dolma Khangkar Edition DEWATSHANG

* LA GUERISON ULTIME Le pouvoir de La Compassion Lama Thoubtèn ZOPA RINPOCHE Edition Vajra Yogini

** LE SYSTEME MEDICAL TIBETAIN Gso-Ba Rig-Pa Dr. Fernand MEYER CNRS Edition

** LA MEDECINE TIBETAINE Edition de la Maisnie Paris 1982 à partir de la thèse de Doctorat en Médecine Paris 1977 Dr. Christophe MASSIN

** MEDECINE TIBETAINE Sangyé Menla S.E. SHAMAR RINPOCHE Edition Dzambala

** Introduction à la Médecine Tibétaine Prévention et traitement des maladies Edition Dangles Dr. TENZING CHOEDRAK

La Médecine Tibétaine Approche d’un système de soins traditionnel. Paris Université Paris VII Faculté de Médecine Lariboisière Saint Louis Thèse de Doctorat Février 1993 Dr. Catherine QUEREL

Histoire de la médecine Tibétaine Vie de Gyu-Thog-Pa l’ancien Le chardon, St-Dié, 1989